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Handicap : Et si on avait le droit d’être ordinaire ?

L’exploit ou l’oubli : le droit à l’ordinaire

Ce matin, en écoutant les hommages rendus aux lauréats Handisport, j’ai ressenti un malaise familier. Leurs parcours sont impressionnants, leur détermination force le respect. Mais l’interview qui les entourait me pose un bémol de taille : cette idée que ces exploits seraient la « preuve » universelle qu’on peut tout réussir avec un handicap.

Pourquoi faut-il toujours lier notre existence à la performance ? Pourquoi cette injonction permanente à l’exploit pour justifier notre place ? N’est-il pas acceptable de pratiquer simplement un sport par plaisir, pour rencontrer des gens, pour son bien-être ?

L’intégration sous condition de médaille

Dans l’imaginaire collectif, le handicap est perçu comme un déficit. Pour compenser ce « manque », la société exige inconsciemment que l’individu prouve un surplus ailleurs. On nous demande d’être extraordinaires pour avoir le droit d’être traités comme des égaux. L’intégration devient conditionnelle : si tu brilles, tu es un exemple ; si tu es ordinaire, tu restes un fardeau.

Le paradoxe du terrain sportif

Il est fascinant de voir que cette injonction se focalise sur le sport, là où les barrières biologiques et environnementales sont les plus violentes. Voir un corps perçu comme « brisé » triompher de la matière offre un récit rassurant. On se déculpabilise de l’exclusion systémique en se focalisant sur le champion, cet arbre qui cache la forêt.

Sortir d’une case pour entrer dans une autre

En réalité, on déplace le problème. On remplace le vieux binôme « valide / invalide » par celui de « héros / échec ». C’est le piège du « porn d’inspiration » : utiliser l’exploit d’un individu pour donner une leçon de courage aux autres, en oubliant l’humain derrière la performance. En martelant que « quand on veut, on peut », on transforme une question de droits humains en une simple affaire de volonté personnelle.

Le droit à une vie simple

La véritable liberté, ce n’est pas de réussir un exploit sportif ou autre. La véritable liberté, c’est de pouvoir être ordinaire. Vivre avec un handicap demande déjà suffisamment d’énergie pour naviguer dans une ville inadaptée ou gérer une administration complexe.

Nous n’avons pas besoin de médailles pour justifier notre existence. Nous n’avons pas besoin d’être des héros pour être respectés. Vivre, tout simplement, c’est déjà un exploit.

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