L’annonce de nos fiançailles devait être un sommet de joie. Pour moi, ma différence était un détail, une note de bas de page dans l’histoire que nous écrivions avec ma future épouse. Je n’avais pas mesuré que pour certains, notre union n’était pas une romance, mais une erreur de jugement. Je n’avais pas imaginé que mon handicap pourrait être source de tel critique. Je suis descendu de bien haut quand le « conseil » est tombé : une tentative de sabotage déguisée en bienveillance pour « préserver » ma future épouse.
La violence du « sauvetage » non sollicité
Derrière ces mots se cachait une présomption violente : celle qu’une vie à mes côtés serait forcément « lourde et pénible ». En voulant « protéger » ma future épouse, on l’infantilisait, comme si elle n’était pas capable de choisir son destin. On projetait sur nous le spectre d’une descendance handicapée, comme si la transmission d’un gène était plus grave que l’absence d’amour. C’est là le fond du problème : le handicap est perçu comme une dette que le partenaire valide devrait éponger. Une dette lourde et insurmontable que seule le conjoint devrait surmonter.
La parentalité : un droit sous haute surveillance
Ce droit au jugement s’amplifie dès qu’un couple avec un handicap exprime le désir d’être parent. Les questions fusent, inquisiteurs : « Sauras-tu t’en occuper ? », « En as-tu seulement le droit ? ». Comme si le permis de parenté était délivré par la société sur des critères de motricité.
Ce qui est fascinant, c’est le double standard. Pose-t-on ces questions aux couples « valides » ? Interroge-t-on leur patience, leur stabilité émotionnelle ou leur capacité à transmettre des valeurs avant qu’ils ne conçoivent ? Rarement. Jamais. Pourtant, de notre côté, nous ne sommes pas « débiles » : nous passons notre vie à anticiper, à réfléchir, à peser chaque risque. Nous sommes souvent bien plus préparés que ceux qui avancent à l’aveugle.
Inverser les critères de valeur
Si l’on devait juger les capacités d’un parent, ne devrions-nous pas regarder ailleurs ? La solidité d’un couple, la stabilité financière, la profondeur de l’amour et la qualité de l’éducation sont des piliers bien plus essentiels que la capacité à courir un 100 mètres. Un accident peut arriver à n’importe quel parent valide : doit-il pour autant perdre sa légitimité ?
La véritable autonomie, ce n’est pas de ne pas avoir besoin d’aide. C’est d’avoir l’intelligence de savoir comment s’entourer pour offrir le meilleur à son enfant.
Conclusion
On ne subit pas seulement les barrières architecturales ; on subit les barrières mentales de ceux qui pensent savoir mieux que nous ce que nos vies valent. Nous n’avons pas besoin d’avocats pour défendre notre droit d’aimer ou de transmettre la vie.
L’amour et la famille ne sont pas des privilèges réservés aux corps parfaits. Ce sont des droits humains. Et au bout du compte, notre plus belle réponse à ces préjugés, c’est simplement notre bonheur quotidien. Car exister, s’aimer et fonder un foyer sans demander de permission, c’est peut-être là notre plus grand acte de résistance.
Et, puis, c’est quoi le papa parfait ?
