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Le piège de la case et de point de vue

Au départ, ma démarche était simple, presque naïve : je voulais prouver que je n’appartenais à aucune case. Je voulais démontrer que, malgré mes particularités, je partageais ces capacités communes à tous les mortels. Je voulais être cet humain parmi les humains, sans étiquette collée sur le front.

J’ai remarqué une mécanique étrange : plus le matériel est lourd — qu’il s’agisse du fauteuil roulant ou des béquilles — plus j’ai la sensation de glisser d’une case à une autre. Plus je présente ou j’affiche cet équipement, plus cette sensation de malaise augmente. Finalement, il était rare que je mette en avant mes aides à la mobilité dans ma vie de tous les jours, mais en voulant rédiger ce blog, je ne voyais plus que ça. J’avais la sensation de ne montrer que cela, de ne plus être que cela.

Mais j’ai fini par comprendre un paradoxe cruel : en luttant contre la case, je me suis moi-même défini par elle.

Le poids de la différence

Ce qui n’était pour moi que des ajustements de vie, des réglages quotidiens, est soudainement devenu pesant. Mes adaptations sont devenues des fardeaux. Ma différence, que je portais avec légèreté, s’est transformée en « handicap » sous le poids du regard social.

J’ai senti ce changement d’atmosphère presque physiquement. Le regard des autres n’était plus le même. Moi qui adore blaguer sur ma différence — comme on discuterait d’un t-shirt mal ajusté ou d’une coiffure ratée — j’ai senti une retenue. Un silence poli. Une rupture.

Briser la vitre

C’est là que j’ai réalisé que j’avais moi-même, sans le vouloir, créé cette crainte chez les autres. À force de vouloir expliquer ma place dans le monde, j’avais rendu les gens « prudents ». Et il n’y a rien de plus isolant que la prudence d’autrui.

J’ai dû réapprendre à rompre moi-même cette glace que j’avais, malgré moi, contribué à figer. J’ai réalisé que l’humour n’est pas une béquille pour masquer une faiblesse, mais un véritable pont jeté vers l’autre. Le rire est ce super outil, capable de désamorcer instantanément la peur de « mal faire » ou de « mal dire » qui paralyse mes interlocuteurs. Au fond, j’ai compris que ma liberté ne consiste pas à nier ma différence pour me fondre dans la masse, mais à m’octroyer le droit d’en rire le premier, pour que chacun puisse enfin respirer.

Aujourd’hui, je refuse que ma différence devienne un sujet sacré ou tabou. Si mon t-shirt est mal ajusté, j’ai envie qu’on puisse en rire ensemble. C’est cette spontanéité que je ne veux pas perdre, car c’est là que se trouve ma véritable humanité.

Alors, si vous me croisez, oubliez les grands discours philosophiques : regardez-moi juste comme un gros débile qui s’est lamentablement raté au ski, et c’est tout !

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