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Pourquoi une chaise en forêt c'est impossible ?

Fauteuil roulant en forêt : les limites techniques du hors-piste

Dans mon précédent article, je vous racontais mes escapades en forêt, mais en me relisant, je me suis rendu compte que je n’avais pas été très explicite sur toutes les vraies raisons techniques qui rendent le hors-piste en chaise roulante si difficile, voire impossible. On évalue souvent assez mal la manœuvrabilité réelle d’une chaise, même dite « active ». On s’imagine parfois naïvement qu’il suffirait de large pneus (ou du moins des pneus crantés) à l’arrière pour transformer son fauteuil en char d’assaut et passer partout. La réalité du terrain est pourtant bien différente, et c’est toute la mécanique de nos fauteuils qui montre très vite ses limites dès qu’on quitte les routes ou les chemins bien plat et ferme.

Pour notre anniversaire de mariage l’année passée, nous avions entamé une petite balade digestive qui s’était vite transformée en un éprouvant trail en béquilles. J’avais franchement cru devoir m’arrêter net au milieu de nulle part, le souffle coupé, les muscles figés par l’effort.

Un bon début : les pneus Marathon Plus

Cette année, pour lancer un week-end en amoureux, nous avons voulu remettre le couvert. La mémoire de cette douleur bien ancrée en tête, nous avons décidé de tenter l’expérience en chaise roulante dans la forêt de Tomberg, du côté de Saint-Vith. Pour les connaisseurs ou les yeux un peu observateurs, vous verrez que sur nos chaises actives, nous n’avons pas vraiment les pneus bien lisses de série. De mon côté, je suis équipé en Schwalbe Marathon Plus (quasiment le seul pneu cranté pour des jantes en 24×1) : des pneus renforcés, légèrement crantés, parfaits pour éviter ces fameuses crevaisons qui gâchent une journée. Et, il faut le dire ces pneus changent nos vies : moins de dérapages, moins de crevaisons, facilité à passer des obstacles,…

Au départ, nous nous sommes enfoncés dans le bois par un large chemin forestier, visiblement emprunté par des véhicules. Et franchement, la différence était folle : mes bras travaillaient, mais c’était tellement moins épuisant qu’avec mes béquilles ! Sauf qu’un large chemin carrossable, ce n’est pas vraiment « être dans la forêt ». Et comme mon épouse adore sortir des sentiers battus, nous avons rapidement bifurqué vers un sentier piéton, convaincus qu’il nous mènerait bien quelque part.

Quand le matériel ne suit pas

C’est là que le piège s’est refermé. En ce début de printemps, les sous-bois sont détrempés. La mousse regorge d’eau, la terre laisse filer de petites rivières, le terrain descend et les racines d’arbres affleurent de partout. Et c’est ici que la physique pure vient rattraper nos envies d’évasion.

Le premier grand coupable, c’est l’avant de la chaise. On a beau élargir au maximum les roulettes avant, elles restent le point bloquant absolu. Sur un fauteuil manuel, une bonne partie de notre poids repose sur l’arrière, mais dès que le terrain s’incline ou devient mou, un transfert de masse s’opère vers l’avant. Les petites roues s’enfoncent alors directement dans la terre ou la mousse, agissant comme de véritables ancres. De plus, à cause de leur faible diamètre, leur angle d’attaque est beaucoup trop vertical : au lieu de rouler par-dessus une racine ou une pierre, elles butent directement contre l’obstacle. Le châssis et les repose-pieds, situés très bas, finissent par frotter eux aussi le sol et racler tout ce qui passe. Ce n’est pas un hasard si le matériel médical tout-terrain — comme la Joëlette ou les handbikes — sont fabriqués complètement sans ces petites roulettes pour ne garder que des grandes roues larges.

Et, même avec des pneus arrière renforcés, la surface de contact avec le sol reste étroite pour porter le poids d’un homme et de sa chaise. Sur un sol meuble, le sol se déforme sous le pneu, créant une résistance au roulement énorme qui demande une force monstrueuse. Et comme nous propulsons chaque roue indépendamment à la force des bras, la moindre roue arrière qui patine sur une racine mouillée ou dans la boue vous stoppe net. Sans suspensions, le moindre relief tape directement dans la colonne et vous épuise. Enfin, la forêt est rarement plate : le moindre dévers vous oblige à freiner d’un bras tout en poussant comme un sourd de l’autre pour ne pas finir dans le fossé.

Alors oui, la douleur aiguë dans les bras n’était pas là et la crevaison était presque impossible. Mais la réalité est limpide : en dehors des aménagements artificiels, traverser un sous-bois en fauteuil se relève tout simplement impossible. C’est uniquement grâce aux bras et à la ténacité de mon épouse que nous avons pu sortir de ce chemin.

Pour une personne qui vit entièrement en fauteuil, chaque mètre gagné hors du plat demande une évaluation scrupuleuse de la faisabilité du terrain. C’est une contrainte que l’on subit déjà dans notre quotidien urbain, mais en pleine nature, seul ou mal accompagné, le moindre faux calcul peut vous laisser totalement à l’arrêt, sans aucune solution de repli. Comme je le disais dans mon article précédent, s’aventurer en terrain inconnu devient vite une source d’inquiétude. Et encore faut-il avoir la chance d’avoir à ses côtés une bonne âme prête à déployer une force physique phénoménale pour nous sortir de là… avec notre propre poids, mais aussi celui de la chaise.

La solution technique : la freewheel ?

Il existe une piste technique souvent évoquée : la troisième roue tout-terrain amovible (type FreeWheel) qui vient soulever les roulettes avant. Si elle s’avère très efficace pour franchir les obstacles et rouler sur des chemins gravillonnés ou de l’herbe, elle montre vite ses limites dans un sous-bois détrempé où les roues arrière continuent de patiner. Et, surtout, affichée à environ 600 €, cet accessoire reste financièrement inaccessible pour la plupart d’entre nous et s’avère bien peu rentable pour seulement deux ou trois escapades dans l’année. Mon but étant de montrer qu’il est possible de mener une vie comme tout le monde sans dépenser des sommes astronomiques, je cherche une solution alternative plus accessible.

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